Chapitre I – Luciden

L’an 505,  mois de Brasacar

La guerre éclate de toute part. Erion est divisé en deux. Au nord, les guerriers se défendent pour la liberté de leur terre sous la bannière du Tigre noir. La Révolte est dirigée par Morel, ancien colonel de l’armée de Léopold II. Au sud, les disciples suivent l’occupant  Zirbadem  sous l’effigie du Serpent rouge pour châtier les traitres.

Luciden,  ancienne capitale d’Erion, dispose  de la plus grande école de Magie ; c’est à cet endroit que les apprentis magiciens étudient la magie accompagnée d’autres matières comme la philosophie élémentaire ou encore comment manier ou amplifier leur aura. L’académie est constituée d’un certain nombre d’ailes, huit en tout et pour tout, chacune convenant à une matière spécifique.

L’ancienneté de la classe magique a des sources aussi obscures  que le légendaire Quaterias premier. Ce dernier aurait érigé  le monument  à l’aurore de son  régime.

Celle-ci fut améliorée par Watros VX en l’an 143, sous la coupe du traité des trois nations. .  Le pacte des trois nations avait été scellé par une alliance avec Quaterias XXXIII et Glamor X.  Les parties du complexe furent ainsi élaborées au gré des découvertes. La discipline de la magie universelle a été ajoutée en dernier lieu. Le gardien s’emploie à administrer les lieux et les professeurs, à prodiguer leurs leçons. Les historiens soupçonnent que le pentacle a été sélectionné en raison de la politique élémentaire de l’époque. L’étoile à cinq branches concorde chacun avec un élément

Luciden, capitale d’Erion. Cinq ans plus tôt

L’an 500, mois de Brasacar

La citadelle est une succession de carneaux circulaires, surmontées par des ponts. La place centrale déploie palais et jardins et la tourelle de défense de la cité. La ville comprend quatre entrées dont deux au nord et deux au sud.  Le hall sud est débouche sur un port maritime. L’agglomération elle-même est édifiée sur un pan de montagne rasé. Le fleuve  brasilios coule de son delta et est déversé sous la métropole. Les arbres sacrés, les drasilions,  escaladent les murs cyclopéens et les temples de boues. Les enceintes comportent des pétroglyphes aux allures pariétales d’un autre âge. Les vénérables feuillus gravissent tous les édifices. Les arches prévalent sur les accès, la cité est bordée par ces murailles et les ruelles sont dallées de plaque de marbre finement brettelées.  Les lampions  scintillent religieusement d’une clarté voilée par les branchages, mais divulguent  des artères  versantes dans les entrailles de l’obscurité. Les devantures des pavillons sont garnies par des bas-reliefs  ciselés de représentations illustres en bois.  Les toits des logis sont en  ardoise et les couloirs des bâtisses comportent des vestibules voutés, terminées par des colonnes polies.

L’agglomération inclut plusieurs quartiers, celui de la magie, celui de la justice, celui de l’étude, celui de la guerre, celui des Arts et en somme, l’agora fondamentale avec le château. Le quartier de la magie est disposé en forme de pentacle et l’école, munie de sa flotte de huit immeubles, se trouve au centre. Le district de la guerre est l’endroit où les fantassins  logent, c’est aussi là que les affaires militaires sont décidées. Le quart de la justice a été imaginé par Judéale, une célèbre architecte partisane de l’équité. L’antique monument est une mémoire passée des actes mythologiques de Judetance. La division des arts abrite maints artistes  et  artisans de tout bord, les trottoirs sont inondés d’enseignes centenaires. Les sens s’entremêlent face à ces éventails  de couleurs et de goûts.  Les appartements royaux siègent au milieu de la cité. Entourée de parois cyclopéennes, les pilonnes statuent fièrement jusqu’aux hauteurs des toitures.

Le blason luciden repose sur les murs, composé de serpents et signé d’une épée. Celui se dissocie de celui d’Erion, qui est un arbre dont les branches atteignent trois étoiles et repose sur le  lac de Maquitanne. Les habitats constituent le reste de l’espace. La ville tend à s’agrandir, car les lucidiens se retrouvent à l’étroit.

    

 

La prémisse du conflit arriva avec l’incursion d’un étranger au sein de la cour royale, soi-disant de rang noble, ayant des relations privilégiées avec la reine Habbara. Le roi Léopold II décédait mystérieusement peu de temps après.  La Reine avait un fils unique, le prince Amael, héritier légitime de Léopold II.  Mais à l’instant des faits, il avait tout juste cinq ans ; Zirbadem a gravit les échelons royaux d’un poste à un autre ; s’attribuant d’abord la confiance du grand prêtre Calev, il veilla à ce que son entreprise soit couronnée de succès.

Le Rastaquouère dévoila son vrai visage au peuple, comme nouvel époux choisi par la reine, ce qui permit son ascension  directe au trône.  Il fit des réformes dans l’empire, remplaçant le culte de la déesse Faryonne par l’avènement du dieu unique.  Il se prétendit descendant direct de ce nouveau dieu, pourvu de sa « mission divine ». Le despote alla jusqu’à abolir, sous peine de pendaison, la pratique de l’ancienne croyance.  Il proscrit les recherches dans le domaine philosophique et astronomique. Le souverain fit exiler les penseurs ne partageant pas ses idées, dans les hautes terres de Farée. Il décréta un nouvel impôt sur la vigne et les cultures. Enfin le roi abrogea le droit d’accès à la connaissance, aux eryens.

La rébellion démarra dans les caves de la taverne du Loir Chapeautant, où Morel fit part de ses idées sur les complots de Zirbadem et le décès de leur roi.  Ces lieux, tenus par les frères Tébocher, servait depuis des générations de couverture aux  diverses réunions secrètes et au marché noir.  Comme Morel était colonel, il transitait fréquemment entre le front et le palais. De sa position, et grâce à ses amitiés avec le grand prêtre Calev et le conseiller des nobles, il est parvenu dès l’immersion de l’intrus, à se tenir régulièrement informé de tout ce qui se tramait dans l’ombre de Léopold II et des agissements de Zirbadem.

Au début, ils ne furent que quelques-uns à participer à ces cénacles officieux.  Les rassemblements comprirent d’abord des nobles et certains chevaliers, ensuite des bourgeois et commerçants peu scrupuleux, puis quelques savants de renom finirent par s’associer avec eux.  Leur nombre s’agrandit très nettement au fil des évènements,  qui allaient plonger le pays tout entier dans une gouvernance décadente.  Dans les caves du Loir Chapeautant, Morel  accusait, comme la majorité de ses partisans, Zirbadem d’imposture et le surnommait  le « Faux prophète ».  Le grand prêtre Calev, de son statut,  se révélait devenir le meilleur allié de la mutinerie.

La fuite de Luciden

Le roi était paranoïaque et connaissait ses ennemis. ; Il avait fait triplé la garde et multiplié les contrôles ; chaque chaumière et bâtiment jusqu’au port fut minutieusement fouillé. Le prix était fixé à 5000 pièces d’or pour les captures vives du grand prêtre Calev et de Morel. L’élue de Faryonne fut faite prisonnière. L’ancien colonel, déchu de son titre et de ses gratifications pour abandon du devoir, dut rester aux abris avec le prêtre.  Mais Morel n’était pas le genre d’homme à se laisser saisir vivant et son armée demeurait proche de lui. Ses soldats lui étaient complétement dévoué, prêts à le suivre jusque dans la mort si cela s’avérait nécessaire. Morel et Calev continuaient de loger dans la cave des frères Tébocher.  Déguisés, ils firent en sorte de n’éveiller aucun soupçon. Le roi détenait alors les pleins pouvoirs sur sa ville, ses réformes s’avérant légiférées.  Mais il maintenait volontairement les peuples du nord dans l’ignorance, en attendant le renforcement de sa poigne militaire.

Morel savait qu’il devait rallier les hommes du nord à sa cause, sans quoi ce serait l’échec. Il missionna un de ses anciens messagers, avec le conseiller des nobles, dans les Granopées. Ceux-ci avaient pour tâche de convaincre ses habitants  de les rejoindre, d’aider Morel et sa troupe à fuir la citadelle et d’unifier leur force.  Il leur fallu d’abord les prévenir pour ensuite établir l’alliance et si celle-ci s’avérait fructueuse, ils pourraient continuer à l’étape suivante.  Un mois s’écoula sans aucun signe; Les frères Tébocher connaissaient le moyen pour Morel et ses hommes de s’évader :

« Luciden est bâtie sur un delta fluviale. Vous savez que ses fondations reposent sur des ponts,  qui surmontent les bras du fleuve.  Mais étiez-vous au courant qu’il existe des sous terrains ? Ces couloirs longent toute la surface sous  la cité ; c’est un véritable labyrinthe.  Heureusement pour vous, Morel, nous pourrons vous guider vers les voies de sorties. Le seul souci, c’est la garde qui effectue son chemin de ronde. Depuis que le roi l’a triplé, je ne vois pas comment on va réussir à traverser la cour sans attirer l’attention. Vous savez comme moi, que s’ils sonnent l’alarme, alors … ». Morel écouta attentivement les idées de Barnot,  l’un des frères Tébocher. Il devait effectivement trouver la méthode pour se faufiler, mais un autre problème s’imposait à lui, bien plus grand. Sur les mots du frère Tébocher, il répondit :

« Imaginez que des centaines d’hommes, de femmes, d’enfants et d’invalides devront « se faufiler »  sur la place.  Mais je dois parvenir à les avertir du jour décisif. Nous ne pouvons rester dans cette cité qui nous corrompt chaque jour davantage. Je ne peux abandonner mes hommes et eux ne peuvent laisser leur famille. Si jamais mon messager envoyé au nord ne revient pas à temps, nous serons contraints de nous replier dans les montagnes malgré tout. »

Une voix s’éleva, révélant la présence d’un homme aux aguets, derrière les tonneaux.

« Moi, je vous aiderai » dit-il. C’était un prestidigitateur  de la catégorie des illusionnistes.

« Pardonnez-moi cette intrusion soudaine, mais tout comme vous, je suis forcé de me cacher et j’ai appris de la bouche d’un passant, moyennant une petite bourse,  la réputation de cet endroit. Ici, vous n’êtes pas en sécurité pour très longtemps, les rues ne sont plus sûres. Mes compagnons ont dû fuir la ville, le roi ne les tolérant aucunement. » Il toussa, fatigué et repris son discours : « Je suis Dilwen, fils de Till, apprenti magicien. Je sais déjouer la vue humaine, c’est  un sort léger qui requiert le silence,  mais qui peut vous permettre de franchir la cour, même avec des centaines de personnes ; cependant attention, le moindre bruit suffit à rompre le charme. »

 

Entre temps,  le messager et le conseiller des nobles avaient chevauché jusqu’à la ville de Zyonne.

Ils venaient à la rencontre d’Honoré, chef de la tribu  des Norfariens  pour leur délivrer la missive.  Honoré se leva, furieux de ne pas avoir été alerté de la mort de leur roi.  Il devait s’entretenir avec le « cercle » avant toute initiative.  Le cercle est un consensus  fermé, qui englobe les quatre maîtres d’armes des tribus environnantes. Aucune résolution ne sort sans le vote totalitaire de ce dernier.  Le chef envoya un faucon pèlerin jusqu’au village de Chéneste, situé à quelques heures de vol de Luciden, afin d’avoir confirmation des dires du messager.  Dès la réception du message, il y eut  une seconde délibération du cercle, le verdict  fut enfin adopté à l’unanimité.  Honoré rassembla ses maîtres d’armes pour déclarer la nouvelle devant sa tribu. « Fils de Faryonne,  écoutez-moi,  nous sommes devant vous aujourd’hui car nous avons dû prendre une décision. L’heure est grave, mes frères, le Roi Léopold II s’est éteint il y a plus de six mois. Son fils unique demeure dans l’ombre agrippé à la main de sa mère ; ils ont osé mettre un étranger sur le trône. Cet homme, cet usurpateur a violé nos lois, il a banni notre déesse et a trahi notre peuple.  Il veut nous  condamner à l’ignorance.  Cet homme est un tyran, je vous le dis, un fou, croyant que nous allons nous soumettre à son dieu sans opposition. » La foule acquiesça les paroles d’Honoré, clamant à sa gloire. Il poursuivit :

« Allons-nous laisser  ce fou nous dompter sans rien faire ? Hier, nous suivions notre roi, notre père et protecteur à tous. Nous n’oublierons pas quel homme il était et à quel point cet homme-là est irremplaçable.  Mes frères, mes enfants,  mes amis,  j’en appelle à vous maintenant pour me rejoindre dans la bataille. Nous ne sommes pas seuls. Nos autres frères sont là-bas, dans l’attente de nos réponses pour le soulèvement final. Allons-nous les abandonner ? »

La foule cria « non », répété en canon.

« Mes frères, soyons prêts, car bientôt  il vous faudra combattre. Dans trois semaines je voyagerai moi-même avec deux maîtres d’armes  ainsi qu’une petite garde jusqu’au village de Chéneste. Nous veillerons à votre escorte jusqu’ici. Alors tous ensemble, nous pourrons marcher pour gagner notre liberté ! ».   Après son discours il fit venir le messager : « Dis à ton maître de se tenir prêt à s’évader de la cité au lancement de notre signal. Nous mettrons le feu aux arbres.  Ce sera l’alerte. Que sa troupe s’allège de tout bagage inutile,  car il nous faudra rejoindre Zyonne à grande allure, cela nous prendra plus d’un mois de marche.»

 

De retour aux portes de Luciden, le messager prévenu le colonel.  Morel pouvait ainsi mettre son plan à exécution.

« Rejoignez-nous dans la marche silencieuse et fraternelle pour la partance de cette cité corrompue. Rendez-vous dans la cour dans un mois à la montée de la lune ». Il pouvait faire confiance à ses soldats, il savait que les uns passeraient le « relais écrit » aux autres. Quant au moyen, les frères Tébocher firent appel à un boulanger. En effet le message concis devait se trouver dans le pain distribué,  aux enseignes indiquées.  Les copies du message étaient  prêtes, il ne manquait plus que le pain à attribuer. Morel  ignorait à ce moment, qu’il ne pourrait pas sauver tout le monde.

Honoré, trois semaines plus tard comme convenu, attela son cheval. Il se trouvait à une dizaine de jours de marche du village. S’il ne tardait pas, il pourrait l’atteindre en neuf jours.  Il rejoint la destination accompagné de ses deux maîtres d’armes. Honoré dut ensuite s’embusquer avec sa garde non loin de Luciden, pour donner le signal.

 

Morel, à sa grande surprise, constata que son plan avait plutôt bien fonctionné : une grande partie de ses hommes était là. Les fuyards se préparaient à quitter les lieux.  Ils se dissimulaient tous, dans le silence, derrière le magicien. Celui-ci devait se concentrer quelques secondes pour que son sort soit effectif. Il prononça les mots dans sa tête, en regardant les soldats du coin de l’œil.

La fugue pouvait commencer.  Ils se faufilèrent un à un en file indienne,  pour atteindre la grille des sous terrains.  Morel et deux hommes assuraient la liaison entre l’entrée de la cour et l’ouverture des bas-fonds. Les fugitifs durent marcher pieds nus dans la cour pour ne pas faire de bruit.  L’escapade se déroulait bien, le magicien fut le dernier à partir.

 

Alors que les frères Tebocher dirigeaient la foule à travers les égouts, Morel accompagnait le magicien. Ils s’attardèrent à une meurtrière pour voir le signal d’Honoré.  L’avertissement ne se fit pas attendre,  un feu se déclara sur les arbres aux pieds de la cité.  Morel et le magicien devaient courir pour  rattraper les autres. Ceux-ci étaient en train d’accéder aux douves côté Nord -ouest.  Malheureusement Morel ne s’aperçut que trop tard que des hommes étaient à la traîne derrière eux. Alors que tout le monde fut évacué, Morel et Dilwen ne pouvaient plus rien faire pour les personnes se trouvant aux arrières. La magie ne pouvait être opérationnels dans le bruit et la hâte ; Les soldats se trouvant dans les échauguettes  aperçurent les derniers fugitifs et sonnèrent l’alarme. Morel et le magicien avaient filés avec les autres, en direction des montagnes.  Honoré avait prévu des chariots attelés pour y accueillir enfants et personnes âgées.  Les provisions pour l’exode au travers des montagnes étaient chargées.

Ils avancèrent à grande chevauchée, la plupart d’entre eux courraient, démunis de monture. Ce rythme leur permettrait de posséder une avance suffisante avant que les soldats ne sonnent l’alarme.

Un bon nombre abandonna leurs bagages sur  les chemins de terre. Ils s’empressèrent vers la forêt de Sylboria. Ils effectuèrent une pause près d’une clairière non loin des grands séquoias.

Une petite fille habillée de rouge cueilli des violettes sauvages dans le but d’en faire une offrande à la déesse Davalia.  Ils posèrent leur campement des rangées de tentes alignées, parfois faites de haillons. Soulagés quelque peu de la course, un vieil homme entreprit de narrer une légende :

«  C’est le mystérieux lac Maquitanne, les esprits de la lumière apparaissent furtivement la nuit  comme le fier cheval ailé venant s’abreuver dans les eaux cristallines. On raconte mille et une merveilles et mille et une terreurs. Ces bois et ces rochers ont une très longue histoire, plus ancienne que celle de nos dieux, celle d’une créature qui laisse un pas de dragon en écrasant l’herbe. On l’appelle la dragonadès. Cet être est en fait un minutieux mélange d’esprit draconien et d’un demi-dieu. L’esprit choisit le moment crucial pour resurgir.  Une seule impulsion et c’est l’épanchement. Son cœur est abandonné à la peur, la transformant en pierre. Sa conscience n’oppose pas de résistance face à ce fléau présent, et s’endort dans les abîmes du demi-dieu.

Ses pupilles se dilatent, teintées de noire ; ses yeux finissent par se révulser.  La femme s’écroule à quatre pattes dans l’herbe sous le poids impactant de ses bras.  Son sang s’accule dans ses veines. Tous ses muscles se contractent brutalement, elle est envahie par la sueur de ces efforts.

Ses membres se crispent de douleur, des spasmes violents l’empoignent tels des coups de pieds donnés à l’estomac. Ses ongles s’accrochent à la terre désespérément, et cèdent à des griffes finement aiguisées.  Le dos cambré succombe à un rempart d’écailles pointues, au gré de l’allongement de sa colonne vertébrale.  Les jambes du demi-dieu ont mutées contre des pattes élargies, terminées par des couteaux lui permettant de bondir très haut.  Ses épaules sont plus massives.  La métamorphose est pratiquement assimilée. La morphologie de la bête révèle une peau entièrement  couvertes de plaques, aussi solides que le fer.  Défigurée, la dragonnadès marque sa conquête par le couronnement de quatre cornes sur les parois de son crâne.

Entité privée de son libre arbitre humain, la dragonnadès chasse de jour comme de nuit et ignore la pitié. Elle embroche ses victimes grâce à ses canines proéminentes et acérées.  Elle résiste au feu, peut voir dans l’obscurité et ne connait pas la douleur.

Les âmes draconiennes sont en réalité des dragons morts qui ont vécu il y a très longtemps, des centaines voire des milliers d’années. On prétend que le continent interdit d’Idallys a pu héberger de telles espèces. Les fameux titans, qui se compte au nombre de cinq, chacun correspondant à un élément. Immortels, ils vivraient toujours mais ces êtres ne sont pas quateriens, on ignore d’où ils viennent. On parle de dieu ancien. »

Les enfants écoutaient religieusement le vieux personnage conter son histoire près du feu de camp.  Morel fit signe aux bambins d’aller se reposer.

La nuit tombée, des étranges vociférations se firent entendre près d’un tronc d’arbre abattu. A l’aurore, le vieillard avait disparu. Aucune trace de son départ et du peu d’affaire qu’il possédait. Le vieil homme s’appelait en fait Agamar, il avait derrière toute une postérité d’ancêtres écrivains. Ils le cherchèrent et ne trouvèrent que des empreintes de sang près du tronc, ils en déduisirent que le vieil quaterien était mort, probablement victime d’un silacendre.

Les portes du royaume de Farion se profilèrent à l’horizon, le temps les aidait depuis leur marche effrénée à en entrevoir les premiers rochers.

La première semaine fut difficile, tous ceux qui étaient âgés commençaient par tomber les uns après les autres. Les pentes abruptes, les cols froids s’annonçaient au gré de leur avance.

La deuxième semaine, ce fut le tour des enfants. Arrivés à mi-chemin, ils entrèrent dans les Granopées, ils avaient plus de mille marches à escalader. On pouvait apercevoir les massifs montagneux avec les brumes sur les hauteurs. Le ravin qu’ils franchissaient était raide. Ils étaient bientôt à court de provisions, et les recoins étaient sans vie. Une semaine durant, les hommes les plus forts montrèrent des signes de faiblesse. Attisés par la faim, certains se bagarrèrent pour obtenir le peu de nourriture qu’il pouvait rester. La dernière semaine fut la plus éprouvante : il restait peu de survivants, ils n’avaient le temps d’enterrer les dépouilles, pressés par le temps. Les cadavres étaient devenus la proie des charognards ailés. La reculée révéla une ville enfouie dans les versants, barricadée de hautes murailles. Les ponts gigantesques furent surmontés avec hardiesse.

Arrivés sur place, Honoré les accueilli. Il avait déjà prévu des tentes à cet effet, mais en vérité il fut consterné de voir la petitesse du nombre de survivants. Eau et nourriture leur fut distribuer avec des fourrures pour combattre le froid.