Chapitre 3 : Missionnés à Basten

Mois de Gochen, l’an 508

Aux aurores,  Agar fut convoqué auprès de Morel. Tandis que les autres hommes se levaient plus tôt le matin pour s’entrainer. Le campement comprenait des tentes, imposées par centaines.  Il devait le missionner d’un message au colonel de Basten. Ce dernier comportait un contrat afin d’acheter une armée de centaines d’hommes en échange de minerai rare en grande quantité.  Morel lui confia également une bourse qui devait servir de pot de vin pour appâter les gardes à l’entrée.  On  ne rentre pas à Basten librement, il faut une autorisation spéciale donnée par son gouvernant avec le motif de visite. Morel rajouta certaines indications :

« – Tu devras y aller accompagner, je te laisse choisir la personne que tu penses être la plus adaptée. Devant le colonel, tiens-toi toujours plus bas que lui, il ne supporte qu’on le dépasse.  »

Il ajouta « Nous avons du titane, du mithril et de l’orichalque en grande quantité, cela devrait suffire »

De plus dans le contrat, il était stipulé que les pierres précieuses seraient offertes en cadeau à la déesse de la guerre. Geste qui sera grandement apprécié. Nous sommes au mois de Mars, période de Gochen et la ville de Basten fête la guerre, des tournois et des duels auront lieux pour célébrer la venue de Gochen sur Quateria. Agar avait déjà fait son choix, il allait demander à Erynne de l’accompagner. Il la rejoint à l’extérieur, elle l’attendait déjà. Elle accepta à sa requête, en manque d’action.

Le lendemain, ils devaient prendre un bateau pour aller aux Hautes Terres de Farées, le port de Luciden étant bloquée. Avec la marchandise qu’ils transportaient, ils préféraient éviter Kaops en raison des nombreux vols. Ils choisirent donc la voie maritime pour aller jusqu’à  Basten. Agar précisa le trajet employé :

« Nous devons prendre le bateau pour aller jusqu’aux Hautes Terres de Farées, puis nous traverserons la mer faréenne jusqu’aux larges des côtes d’Asten, il y a un port près d’Astelios, nous devrons ensuite marcher dans les bois de Basten pour atteindre la ville. Nous allons embarquer les marchandises, aussi il nous faudra louer une charrette, une fois arrivés sur place ».

La fin de la journée approche, le duo alla se coucher en prévision des longues journées de traversée qui les attendaient. La nuit, un bruit réveilla à nouveau Agar mais ayant la flemmardise de se lever et éreinté, il se rendormit.

La Traversée des mers Faréennes

Au petit matin, ils étaient déjà prêts à partir. Ils chargèrent le bateau des produits demandés : mithril, titane, orichalque mais aussi rubis, émeraudes, saphirs, opales et diamants. Toutes ces ressources étaient le fruit des années de labeur, les mineurs ayant extrait cela dans les mines de Vorkast ou de Badum. Vorkast était située au cœur de Zyonne, non loin de la déesse, et Badum à l’entrée du Royaume de Farion, juste à l’est.

Le chargement pris deux heures, ils ont donc embarqués pour aller à Basten. Le bateau démarra, les voiles furent lâchées et le capitaine à bord cria : « en avant droite toute ». Les côtes des Zyonne devenaient de plus en plus petites. Le bateau devait amarrer aux Hautes Terres de Farées pour décharger des marchandises, ensuite il prendrait la direction des mers Faréennes.

Journal de bord

1 er jour : « le ciel est éclaircie, le vent doux, le temps est propice à la navigation. »

Agar se tenait aux côtés d’Erynne, sur le pont. Elle regardait paisiblement le paysage s’effacer. Pour la première fois, il la voyait sereine. Elle tremblait un peu, sans doute le froid. Agar la recouvra d’une écharpe. Mais elle restait distante et froide malgré leur amitié qui était en train de s’épanouir. Ils ne quittaient plus. La journée passa vite, la nuit arrivait déjà.

Journal de bord 2e jour : « Observation à bâbord, barre à droite toute. Un vent épais se lève, prémices d’une tempête. Nous devons faire attention aux côtes. Nous allons voguer le long des continents. »  

Le jour suivant, ils étaient arrivés aux Hautes Terres de Farées, ils y déchargèrent fourrures et viande. Puis le bateau poursuivi son trajet. Agar s’étirait, il n’y avait vraiment rien à faire à bord. Tandis qu’il vit Erynne, surpris, en train de s’entraîner sur le pont.

« -Tu aimes cet endroit pas vrai ? demanda-t-il

– Oui, énormément, le temps s’est adouci, il est devenu plus chaud, et le vent est faible. C’est l’idéal pour s’entraîner. Dit -t-elle

– Je vois ça, je crois que je vais m’y mettre avec toi »

Ils passèrent leur journée à jouer aux épées de bois. Les armes étant interdites, les épées demeuraient dans leurs fourreaux. Le soir, ils étaient de nouveau sur le pont. Ils croisèrent Lioceras poursuivait l’ichtiodon laissant de grandes vagues derrière lui. L’ichtiodon est heureusement rapide et nage à pleine vitesse en effectuant de grands bons dans l’eau. Le lioceras entreprit une attaque en ouvrant sa gueule, déployant ses dents acérées. Mais celle-ci n’eut pas l’effet souhaité. Et le géant des océans retourna dans les profondeurs. L’ichtiodon continua paisiblement sa route.

 

Journal de bord 3e jour : « Nous avons réussi à éviter la tempête, déploiement des voiles, le vent est favorable. Nous avons atteint les bords d’Asten. Des hommes à bord chuchotent à propos de grognements étranges entendus la nuit. »

Journal de bord 4e jour : « La coque avant du vaisseau est endommagée, le charpentier tribord se charge de réparer les fissures faites par les rochers. Aujourd’hui nous avons trouvé un matelot dépecé : le corps présentait des traces de morsures profondes, la moitié du cadavre a été dévorée par quelque chose d’inconnue. Les viscères étaient visibles, elles baignaient dans l’hémoglobine fraîchement écoulée. Les yeux du malheureux étaient révulsés. Sa bouche était ouverte, il a dû agoniser un moment tout en étant broyé de l’intérieur. Faute d’autopsie, il n’y a pas de chirurgien à bord, nous avons procédé à une analyse partielle de la dépouille démembrée, nous avons mené une enquête auprès de l’équipage. Celui-ci aurait perçu des cris provenant de la soute même si ceux-ci furent brefs. Nous avons accosté une pente pour mettre l’affaire au clair. Le jeune guerrier Agar semble dubitatif. La jeune femme prétend avoir dormi tout le long. En dépit des preuves insuffisantes, un animal étrange serait présent mais nos recherches n’ont rien donné de concret. Nous remettons les morceaux d’organisme du marin à la mer pour éviter toute contagion »  

Journal de bord 5e jour : « Pas de nouvelles de la tragédie ayant eu lieu la veille. Le silence est maître des lieux. La nage ne reprendra pas tant que nous n’aurons pas trouvé une explication rationnelle. Nous avons encore interrogé Agar, nous savons qu’il cache quelque chose et le comportement de la jeune femme est suspect. »

Journal de bord 6e jour : « Nous avons reçu un faucon pérégrin de Zyonne, nous intiment l’ordre de poursuivre le trajet. Nous avons fait part d’un message retour pour informer la cité du contexte actuel, sous la pression des trois, nous devons repartir »  

Journal de bord 7e jour : « la peste ne nous épargne pas, quatre marins ont été jetés aux eaux. Mais demeure l’affaire de Rajan, le matelot qui a trouvé la mort dans des circonstances étranges. Nous approchons enfin du village de Bourg la Chasse »

 

Une semaine s’était écoulée depuis leur départ. Ils étaient à la moitié du trajet. Erynne continuait son entraînement tandis qu’Agar se posait contre une poutre, assis, à tailler dans le bois. De longues journées passèrent ainsi où ils s’occupaient comme ils pouvaient. La fin du voyage était proche. La peste n’épargna pas les marins, dont les cadavres furent jetés un à un à la mer. Le capitaine ne se dévoiler pas, il restait tapis dans l’ombre, il était juste là pour donner les directives à suivre aux marins. Un des hommes cria :

« Terre en vue ! »

La route vers  Basten

Ils louèrent une charrette dans le petit village de Kabor situé juste en dessous d’Astélios. Ils prirent deux heures pour la charger. Agar portait toujours son ordre de mission sur lui. Ils partirent en direction de Basten, le trajet devait durer trois jours. Ils devaient traverser une partie du désert de Rasa, atteindre Astenia sud pour rejoindre la route.

Le premier jour passa vite, ils étaient sortis du désert de Rasa. Ils firent une halte pour dormir à l’auberge du préposé. La chambrière leur fournit des draps propres et de quoi dormir. Mais il ne restait plus qu’une seule chambre de disponible. Aussi Agar dormait sur le canapé tandis qu’Erynne prendrait le lit.

Au matin, de bonheur, ils repartirent pour Basten. Au bout de quelques heures, ils étaient à mi-chemin de leur destination. Erynne bougeait dans tous les sens, l’idée de ne pas se battre la préoccupait. Agar entreprit de la rassurer :

« Tu ne penses vraiment qu’à ça, profites un peu du paysage, regarde ces bois de pins et de sapins, regarde ces rivières … »

Elle ne répondit pas, se contenta de rester dans son coin. Elle resta ainsi jusqu’au soir. Ils posèrent leur campement, ils avaient largement assez de rations pour le voyage retour. Ils allumèrent un feu et se posèrent devant. Erynne était fatiguée mais elle ne parvenait pas à dormir grâce aux chants d’Agar:

« Les hautes terres ont des guerres,

Sauf les cimetières ornés de terre.

Leur nombre n’en finit pas de ronde

Et la misère règne après le passage de fer.

Applaudissons Applaudissons

Les terres d’Erion portent mal leur nom

Il y a ce mur jonché de canons

Applaudissons Applaudissons

Les royaumes de Lyd reliés au vide

Forment leurs cultures ne sont arides

Le continent rivage d’argent

Et le silicendre montre ses dents

Applaudissons Applaudissons

Quateria ouverte à Faryonne

Que les tambours sonnent »

 

Cette cantine était chantée dans tout Quateria mais n’était pas au goût d’Erynne. Ils s’endormirent peu de temps après. Le lendemain matin ils durent reprendre le chemin. Ils avaient atteint la route, Basten n’était plus très loin.

Basten

Passés quelques heures, ils atteignirent enfin Basten. L’ordre de mission fut donné au garde de l’entrée ainsi qu’un pot de vin, comme l’avait prévu Morel.

Basten est une cité technologique entourée de tours. De l’extérieur la bâtisse ressemble à une demeure imposante mais les entrailles du château sont envahies par de gigantesques mécanismes. Des passerelles de fer coupent la salle de toute part. Les portillons de différents métaux sont alimentés par des roues dentelées qui s’enclenche en abaissant un levier. Les façades intérieures sont noircies par les grosses cheminées.
Basten est obligé d’importer du minerai de cuivre depuis les royaumes de Lyd. Ils disposent pourtant de la carrière d’Astos mais son rendement ne leur suffit pas.

Régime militaire dont le chef surpême, Arloc de Thazard, est un sadique despote et vicieux. Il délègue tous ses pouvoirs à ses commandants pour vaquer à la luxure et aux plaisirs charnels. Basten est sous la coupe de deux partis :

  • Le parti tyranocien nationaliste : ce sont les conservateurs à la tête de l’armée qui prônent le retour à la guerre et à la conquête. Leur idéologie est « si tu veux la paix prépares toi à la guerre ». Arloc se fait souvent appeler « Tyranos ». Ils vénèrent Gochen, la déesse de la guerre, mais aussi Ludar, le dieu de la magie et Scalpal dieu des sciences.
  • L’ordre noir Astryen : mélange de théosophie, de science et de magie noire, l’idéologie de ce parti est « la puissance absolue est dans le noir ». Ils tirent leur nom d’un mythe vieux comme le monde, celui d’une race ayant vécu sur le continent perdu d’Astryade. Ils parlent aujourd’hui du pays des six frontières. Ce mouvement panbastéricien comprend les nobles, les scientifiques, des sorciers et des prêcheurs. Ils vénèrent le dieu mort Astryon. Société secrète patriarcale, les nobles sont tenus de respecter les idées du parti. Les scientifiques et sorciers mènent des expériences de génome quatérien, de manipulation de l’énergie vitale, une série de tests en mariant l’or noir, des incantations et d’autres composants. Ils veulent créer l’astryen parfait, dépourvu de toute faiblesse et qui ne ressent pas la douleur pour en faire une arme. Ils considèrent les autres royaumes comme des sous quatériens.

L’ordre noir Astryen emploi aussi des artisans pour vendre des projets, par exemple le tapis volant à Gobolonne ou les machines à cultiver la terre pour Lyd. Les titres des nobles ont été accordés, non pas par un roi ou en empereur, mais par Arloc, qui se prend pour un saint.

Les basteniens étudient l’or noir et son effet sur les armes. Ils envisagent de créer une bombe et de la vendre aux autres royaumes. Mais les autres nations ne sont intéressées par un tel projet.
Basten se met les autres pays à dos pour cette raison mais aussi pour leur mauvaise gestion sur le minerai et sur le bois. Peuple avant-gardiste, ils ont une certaine avance sur les autres quateriens.
Ils connaissent l’infini ment petit ils ont créé des microscopes de métal et ont des connaissances sur les lentilles. Ils maîtrisent l’électricité.
Un temple du ciel se trouve au milieu de ce capharnaüm de tuyaux et de fils. Niveau défense ils ont plusieurs de gardes sur la frontière avec le désert de Rasa et une tourelle principale au donjon.

Les masses talonnent  l’enclume. L’écoulement du feu bouillonnant laisse les vapeurs s’échapper. Dehors, les hauteurs des tourelles sont encerclées de pointes de fer. C’est l’empire Bastéen, le trône du moule dans lequel se forment les armes.  Les étendards blancs scintillent du reste de la forteresse.

La tête de leur ennemis, empalées sur des pics aiguisés avertissent les provocateurs, de leur détermination à se défendre.  La cime des remparts est un accroissement de pieux en bois.

Les douves teintées de pourpre révèlent les fuites de leurs décorations  guerrières.  Dans la gueule du donjon, d’immenses roues dentelées se mordent les unes aux autres, activées par une sombre mouvance circulaire. Des lombrics d’une matière souple et malléable, jalonnent les dalles en marbre. D’énormes globes de verres contenant une substance verdâtre, sont suspendus tel des chandeliers.  Des poches de tissus nacrées s’enflent et se contractent.  Le plafond semble indistinct.

Le blason comporte deux couleurs celle d’un ciel ombragé et celle d’une nuit sombre. L’épée qui était celle du défunt Tyranos XX, diffère les deux parties. Un château repose sur cette dernière.

Le maître des lieux, recouvert d’un ample chandail blanc et pourpre nous accueille. Chef suprême des armées du parti tyranocien nationaliste, il aime se faire appeler « Tyranos ». Mais il est surnommé « Arloc le dément ». Il délègue tous ses pouvoirs à ses commandants pour vaquer aux plaisirs de la chair et de la luxure. Vicieux et despote, il est amoureux de sa nièce, Mana. Mana de Thazard est une belle jeune fille à la fleur de l’âge, qui est sans arrêt abusée par son oncle, il veut l’épouser secrètement en dépit de l’opposition de l’ordre noir astryen qui y voit une alliance consanguine impure et dangereuse. Cet ordre est au fait des conséquences d’un tel mariage. Il se balade presque nu dans ses quartiers et pour prétendre le voir, il faut accepter la nudité. Il vénère secrètement les dieux Carasse et Voluptar (dieu de la chair et de la luxure, et dieu des plaisirs sexuels et de la transe). Il fait venir les plus belles jeunes filles du royaume pour le servir. Il n’est pas marié mais a de nombreuses courtisanes et concubines, on ne dénombre plus ses bâtards. Il en posséderait une cinquantaine. Son visage martelé par le temps et les batailles se présente sous son épaisse chevelure noire.  De profil grand, barbu, le nez légèrement arqué, il nous présente ses salutations et nous propose de nous faire découvrir les étages.  Nous montons par le grand escalier central de l’entrée. Il ouvre une porte qui nous fait entrevoir un paysage sidérant. Nous avons l’impression de pénétrer dans un autre monde.

Les fenêtres sont ouvertes, les rideaux sont levés ;  la lumière irradie nos yeux. L’air y est plus léger.

Nous parvenons à nous accommoder de la vue. Nous voyons la mer paisible caresser les falaises au-dessous.

« – Nous venons ici pour effectuer un échange,  dit Agar

– Nous ne faisait pas d’échange, nous sommes payés pour vendre nos armées. Répondit le maître des lieux

– Nous allons payer, nous avons avec nous une tonne de minerai rare et de pierres précieuses »

Le colonel réfléchit un instant :

« – votre offre m’intéresse, je vous propose une centaine d’hommes. Dit-il

– Très bien, nous allons décharger le matériel devant vos portes. Dit Agar

Après le chargement, le colonel leur donna le contrat dûment rempli. Une légion de centaine d’hommes furent appelés. Ils se préparèrent à passer la nuit sur place pour repartir le lendemain, accompagné de la troupe.